Je clos cette série de chroniques (SOMMAIRE DES CHRONIQUES) par un conte

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Le mangeur de temps

Il était une fois deux très belles jeunes filles qui vivaient en bordure de la forêt de Leirbota aux abords de la montagne Navgtsat. Elles y vivaient seules dans une pauvre chaumière. Autour de leur maison, une large prairie où paissaient les moutons dont elles tiraient la laine. Un peu plus loin, dans la partie septentrionale, une étendue sans fin de bouleaux et de buissons épineux parmi lesquels on trouvait de petites mûres polaires aux saveurs délicieuses. Pas âmes qui vivent sinon un peuple de petits hommes qui voyaient en la nature des divinités mystérieuses qu'eux seuls savaient interroger. Lorsque par le plus grand des hasards - enfin, c'est là ce qu'elles croyaient - Ingrid et Astrid rencontraient l'une de ces personnes, elles avaient l'impression étrange de ne pas exister. Ils trottaient si près d'elles qu'ils pouvaient presque les frôler. Mais leur regard semblait traverser les corps comme s'ils étaient faits d'éther. Parfois, surtout au printemps, quelques rennes s'aventuraient jusqu'à leur demeure, mais n'y restaient que peu de temps. Ils aimaient à lécher les lichens particulièrement savoureux en ce lieu bien éloigné des premières maisons de la bourgade de Leirbota.

Lorsque la forêt revêtait son manteau d'or et de bronze, juste avant la tombée des premières neiges, immanquablement un vieillard venait frapper à leur porte. Derrière lui, il traînait une petite charrette recouverte d'une bâche. Sous celle-ci, il avait entassé de l'orge pour faire le pain, une motte de beurre, quelques ustensiles de cuisine et une hache nouvellement affûtée qui au premier coup fendait la bûche sans qu'une force énorme soit nécessaire. Quand Ingrid était en la demeure, elle s'écriait "Qui s'en vient déranger mon labeur ? Si c'est un vilain qu'il aille au diable, si c'est un autre, que le vent l'emporte !". Après cet accueil froid, le vieillard répondait "Je ne suis rien de tout cela, seulement le mangeur de temps". Alors Ingrid ouvrait la porte et désignait au vieillard l'endroit où était entreposée la laine qu'elles avaient filée durant tout l'hiver. Parfois, il arrivait qu'Ingrid fût occupée au lavoir à se mirer dans le reflet de l'eau avant de faire la lessive. Alors le temps passait sans qu'elle ne s'en rende compte et c'était Astrid qui accueillait le vieil homme. " Qui que vous soyez, entrez, une soupe douce et épaisse vous attend sur le fourneau." Quand elle découvrait le visage avenant du vieillard, elle demandait quel était son nom au jour de maintenant et il répondait toujours "Aujourd'hui tout comme hier, je suis le Mangeur de temps et m'en voici venu pour votre laine."  Il prenait sa soupe et raclait son bol jusqu'à la dernière goutte car elle était délicieuse. Puis il déposait 3 couronnes en or sur la table pour la laine. Jamais il ne contrôlait la marchandise, car il savait que les deux sœurs faisaient la plus belle, la plus soyeuse et la plus délicate laine de tout le royaume du Danemark. Ensuite, il accompagnait la jeune sœur au chariot où elle récupérait tout ce dont elles avaient besoin pour passer l'hiver rigoureux en cette partie de la Laponie. Il procédait de même avec Ingrid, à la différence qu'aucun mot n'était échangé. Aussi, quand le vieillard entendait la douce voix mélodieuse de Astrid, c'était comme si un rayon de lumière illuminait son cœur.

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