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La rêverie onirique

Les ondulations avaient été altérées par les émissions cérébrales de mon cerveau. L’onde première, amplifiée par la seconde avait interféré avec le décor créé de manière aléatoire. Lorsque l’on quitte les sites Internautiques pour en gagner d’autres, tout ce qui apparaît durant le voyage sur la toile n’est que fabrication générée par des automates. Ils se contentent de structures composites, utilisant l’inertie ondulante de chaque mouvement. En général, on a droit à un ciel bleu, deux ou trois soleils, guère plus, un nuage et un oiseau.

Au deuxième train d’ondes, soudainement, de la surface, sortit un Léviathan. Il portait au-devant de lui un frontispice. A droite de la première colonne, un sourire méchant, à gauche, une orgie cannibale où les uns les autres s’entredévoraient. Au-dessus d’un plafond de marbre, une reine effrayante jetait des yeux à travers le monde pendant qu’une hydre marine lui mangeait les pieds. Au centre de cet avant-corps, un rideau gonflé par le souffle d’un vent malodorant. Le Léviathan s’avança vers moi et se plia en deux pour me parler. Il m’adressa cette énigme « Derrière le rideau se trouve ce qui ne peut se représenter, alors comment peut-il se trouver autre chose au-devant de celui-ci ? » J’ouvris la bouche pour expliquer que ce qui était faisait preuve et présentait le possible, mais pas un mot ne sortit de ma bouche. Le Léviathan se redressa d’un coup, un rire tonitruant fut expulsé du gigantesque orifice qui lui servait de bouche. S’ensuivit une aspiration qui m’emporta au travers d’une artère caverneuse pour me jeter, cul par-dessus tête, dans une bedaine. Tel un Jonas, j’étais prisonnier à l’intérieur de la baleine. Après une inspiration profonde, je tentais de reprendre mes esprits.

Trois tours sur moi-même, quatre pirouettes en l’air et voici qu’apparut une Nef de brume fabriquée avec du papier arménien. A son bord défilait une ribambelle d’enfants sages déguisés en pirates sanguinaires. L’un d’eux, matelot ou bien capitaine se présenta comme « le corsaire ». Il me fit les poches, les tourna et les retourna. Il n’y avait dedans qu’une poignée de mots, ceux dont le Léviathan n’avait pas voulus : « Ce qui existe fait preuve et représente le possible. »

Le petit pirate, d’un coup de sabre me trancha la langue, puis regagna son embarcation. Il hissa une grand-voile faite d’un assemblage de draps et de couvertures. Lui et son équipage de pirates sanguinaires disparurent en créant dans leur sillage un moutonnement liquide duquel émergea le bathyscaphe. La tête me faisait mal, une bosse énorme avait pris place sur le côté droit de mon front. Je nageai jusqu’à la page, je nageai jusqu’à la reliure du bouquin heureusement abandonné là par Hime-Chan. Il me servit de marchepieds pour grimper à bord de mon navire. Le livre pencha à droite, je fis un pas sur le côté, il pencha à gauche, d’un saut, j’enjambai le bastingage et retombais sur le plancher qui courait le long du roof.

Une alarme insupportable émettait un son désagréable. A chaque instant, elle s’amplifiait. Mes tympans me faisaient atrocement mal. Ce fut en me bouchant les oreilles des deux mains, en me tournant pour fuir ce vacarme assourdissant que l’horreur m’envahit. Un gigantesque navire arrivait droit sur le bathyscaphe. Il passa si près que je pus lire sans difficulté aucune la petite inscription juste sous la ligne de flottaison.

Paddle Boot, prière de ne pas entraver son déplacement.

Signé : les administrateurs réseau.

Le temps de finir de lire et je constatai que le bathyscaphe était plein d’eau comme un aquarium. Je devais faire étape au proxi le plus près du lieu où je me trouvais.

Prochaine chronique : proxi Squid

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