Qui suis-je pour critiquer...

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Il n’est point l’habitude ici, de faire la critique de livre que j’ai l’outrecuidance de parcourir. D’abord, parce que ce n’est pas l’objet de ce site et surtout parce que, comme cela est judicieusement expliqué dans le titre de ma chronique : Qui suis-je pour critiquer ?

Qui suis-je pour juger d’un livre dont j’ai grand-peine à imiter la rigueur ainsi que la qualité de l’écriture ?

Qui suis-je aussi pour aller dire qu’il ne m’a pas plu ?

Heureusement pour notre auteure, par ailleurs une amie chère, personne ne lit mes chroniques. A peine quelques âmes charitables qui me prennent en compassion, ou bien qui ont peur, qu’à force de n’être point lu, je finisse héroïnomane, et que l’overdose me guette. Je tiens à les rassurer tous - un ou deux lecteurs à l’heure qu’il est, répartis sur un mois, j’entends - l’idée même de m’injecter quoi que soit dans les veines me rend fou.

Bref, Claude adorée, je n’ai pas aimé votre ouvrage et me voici fort marri avec ma chronique ridicule. Il ne me reste plus qu’à espérer, à prier les dieux, à souhaiter une coupure soudaine de l’électricité, afin que nul ne tombe sur ces mots idiots.

Heureusement, je suis un piètre écrivain et je pense que mes lecteurs jugeront mon point de vue à l’aune de ma disgrâce auprès de la muse qui me taquine du côté des mots.

Vous me direz avec justesse, à quoi sert une chronique dont l’objet est de ne pas être lue ? A rien ! Justement, et c’est là mon but.

Si pourtant elle existe, c’est à cause de Jean-Yves, un autre ami très cher, lequel m’a expressément demandé de parler du livre de sa belle mère, sans trait d’union ! Ceux qui connaissent Claude Pujade Renaud et ses autres récits, comprendront. Autres récits au demeurant fort beaux et magnifiques dont je ne saurais que conseiller la lecture.

… ou alors, c’est d’entrer ainsi dans l’intimité de ces deux écrivains, dont l’un est le père de l’ami sus-cité - quoique quelquefois l’ami m’exaspère quelque peu, ami, ennemi, il doit y avoir une étymologie commune cachée  - donc cette intimité, ce déshabillage de l’âme, où le pudique croit céder devant la retenue, m’a mis sans dessous dessus. Peut-être aussi cette écriture du quotidien qui dépeint crûment la misère. Cette camarde de tous les jours qui embrasse tendrement sur les deux joues, arrachant mâchoire et dentition, jusqu’aux ligaments, pour ne laisser qu’un trou d’avalement. Entrée et sortie pour une orifice commun ! De surcroît, pour notre plus grand bonheur - mais bonheur et malheur ont aussi une étymologie commune, cette fois, bien apparente - elle fait partie de ces auteures - j’emmerde le masculin quand il l’emporte sur le féminin ! - qui écrivent si bien. Voilà, peut-être ici, énoncée la raison de mon désamour, Claude, tu m’énerves prodigieusement !

Bref, je m’arrête là, mais tiens absolument à ajouter une conclusion à mon propos : Mon Dieu qu’il est dur d’être écrivain, et sur cette souffrance, seulement, je peux rivaliser avec elle.

Une dernière réserve, on m’avait promis qu’on parlerait de moi dans ce livre. J’imaginais à peine un paragraphe, une occurrence parmi le flot des mots, ou une présentation descriptive, afin que le lecteur attentif puisse se faire une idée de ce banlieusard que l’école a martyrisé à langueur d’encrier. Non, pas une occurrence, ni un paragraphe, ou encore un chapitre, mais un livre entier. Tout un pan de ma vie étalé devant mes yeux. Claude c’est beaucoup trop, je ne peux que refuser ce cadeau empoisonné et en guise de remerciement, je t’écris cette chronique assassine pour remettre les compteurs à zéro !

 

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