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Au Château

Figurez-vous qu’il existe un Château, installé sur un promontoire en pleine campagne. Comme il est fier. « La belle affaire ! ». Je vous entends. Mais… il y a un mais. Au Château, au temps où ce bâtiment n’était qu’une simple ferme, les gens avaient cette habitude idiote de se croire libres et de proposer ce que bon leur semblait. Cela donnait matière à discussions, à empoignades, à de nombreuses envolées lyriques dignes de la Castafiore dans ses meilleurs moments. Depuis, les habitants du Château avancent singeant la dignité d’aréopages ventripotents qui s’en vont à la rencontre de l’Empire. Ils y vont petit à petit, car à marche forcée, cela  susciterait grande méfiance, force révolte et quelque foutoir, ce dont personne ne veut. Pas même celui qui œuvre à la base de l’édifice. Pas fou, il tient à son établissement. Bref, finis ces temps de tumulte improductif et non rentable. Ceux qui œuvrent n’ont plus qu’à œuvrer dans le respect des experts. Experts qui pensent à leur place des solutions destinées à d’autres qui eux par contre ne sont pas consultés. C’est la politique du Château.

Depuis qu’il est devenu Château, le Château pense en termes de « je » ou bien de « on ». «  J’ai décidé que… » ou bien « On a pensé que… » Cela depuis que papa et maman en ont pris la charge et qu’ils ont tancés les marmots indisciplinés qui avaient pour fâcheuses habitudes de décider par eux-mêmes. Rentrés dans le droit chemin, après une bonne fessée déculottée qui leur a ôté l’envie de prendre la liberté de se croire importants, les « nous-autres » n’ont plus qu’à parloter de ces choses idéales que papa et maman leur apportent sous forme de nourriture prémâchée. La vie est belle à Clos Joli - oui ce Château, depuis qu’il a été promu Château, a reçu un nouveau nom - on y parlote de choses décidées ailleurs, choses inutiles, mais qui occupent l’esprit et font passer le temps. Bref, on y machine pour le plaisir de machiner. Ah ! Je vous attends à nouveau « A quoi sert une telle bâtisse ? » A presque rien, voici la réponse. « Pourquoi à presque rien, cher raconteur d’histoire à dormir debout ? » Parce que les « nous-autres » continuent d’avoir la volonté de bien faire leur travail. Et aussi parce qu’ils ont cette intelligence d’apporter encore quelques idées novatrices. Je vous entends à nouveau « Pourquoi ce laïus alors ? » Pour vous faire part d’une idée. Ne vaudrait-il pas mieux apprendre le silence et laisser le soin de deviser tout seul à ceux qui pensent à la place du monde. Ainsi les « nous-autres » feraient silence laissant ces messes s’emplir de résonances pompeuses rendant ces grands édifices aussi inutiles qu’arrogants. Les « Nous-autres » apprendraient à ne parler que quand il s’agit d’un « nous » agissant, posant comme préambule cette forme introductive « Nous, ici réunis, décidons que… » Je sais, il y a grand risque de voir disparaître ces étonnantes formulations datant d’une période que « nous » n’a pas connue, ou à peine entendu parler. Peut-être est-il temps d’apprendre le silence quand la machine qui machine ne broie que du vent et des inutilités qui n’intéressent que les ventriloques et les pétomanes.

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A bon entendeur…